Visions du métier

 

Difficile d’appréhender en un mot le métier de Conseiller en emploi et insertion socioprofessionnelle car, sous un même code ROME, K1801, sont regroupées différentes appellations du métier telles que : 

  • Accompagnateur - Accompagnatrice en reconversion professionnelle
  • Chargé - Chargée... d’accompagnement social et professionnel / de mission emploi formation / de projet emploi / de relations entreprises
  • Conseiller - Conseillère... emploi formation / en insertion professionnelle / des métiers / Pôle Emploi / en out-placement
  • Consultant / Consultante... emploi formation / en création d'entreprise
  • Coordonnateur - Coordinatrice... emploi formation

Parfois ces appellations se recouvrent presque totalement, mais le plus souvent elles correspondent à des facettes différentes d’une même profession.

 

Si la définition du métier est commune :

" Le Conseiller en emploi et insertion socioprofessionnelle conseille et propose des actions d'accompagnement professionnel afin de favoriser l'emploi et l'insertion professionnelle des personnes " (définition de Pôle Emploi), 

il existe des spécificités propres à chacune d’entre elles en termes d’environnement et d’organisation du travail, de public accompagné, de compétences mises en œuvre, de salaire, etc.

 

Nous avons pensé que le mieux pour parler de notre métier et de ses différentes facettes, était de donner la parole aux professionnels, sous forme d’articles et de témoignages écrits ou vidéos…


Marlène Chambeyron 28 ans - Chargée d’insertion professionnelle à la Régie de quartier Fécamp 12 - 75012

" Un métier porteur de sens et de solutions concrètes      face au chômage et à la précarité "

 

1. Pouvez-vous me décrire votre métier, vos missions ?

 

Je suis en charge de l’accompagnement socioprofessionnel des trente salariés en parcours d’insertion à la Régie de quartier Fécamp 12 depuis mars 2013.

 

La Régie de quartier est une association créée en 2010 à l’initiative des habitants, des élus et des bailleurs sociaux. Elle possède un agrément « Entreprise d’Insertion » accordé par la Direccte.

           

Les salariés sont embauchés en contrats aidés (CDDI, CUI CAE) pour une durée d’un à deux ans (jusqu’à 5 ans pour les salariés âgés de plus de 50 ans).

 

Nous possédons différentes activités-supports d’insertion : les espaces verts, la propreté, le nettoiement de la voirie, la peinture, le repassage…Nous collaborons également avec ERDF pour des missions de recensement de colonnes électriques, de relation clients, et de relève de compteurs.

 

Les Chefs d’équipes forment et accompagnent les salariés en situation de production.

Ils veillent au respect des règles fondamentales du travail : absence, retard, respect des collègues et de la hiérarchie notamment.

 

Dans le cadre de mes missions, j’ai en charge :

  • La formalisation du projet d’insertion.
  • La gestion du plan de formation de l’ensemble de la structure, et le suivi administratif des formations.
  • L’alimentation de bases de données.
  • La participation à différents projets.

 

L’accompagnement socioprofessionnel a lieu pendant le temps de travail lors d’entretiens individuels d’une heure toutes les deux à trois semaines.

 

Lors de ces temps d’échanges, nous sommes amenés à travailler sur :

  • La réalisation d’un diagnostic socio-professionnel partagé qui aboutit à l’identification d’objectifs de parcours.
  • La définition d’un projet professionnel réaliste et réalisable.
  • L’identification des formations nécessaires (exemples : compétences clés, connaissance de base en nettoyage, gestion de l’agressivité, attitudes de service, travailler en équipe…).
  • La résolution des difficultés sociales (endettement, logement, santé, violences conjugales) avec les travailleurs sociaux référents.
  • La recherche d’emploi (méthode, suivi des candidatures, mise en relation avec des employeurs potentiels…)

 

Des points mensuels ont lieu avec les Chefs d’équipe afin aborder l’organisation des parcours (stage, formation, recherche d’emploi) et la dimension travail (assiduité, comportement, respect des règles, etc).

 

Ces rendez-vous nous permettent d’adopter un langage commun et de mieux accompagner les salariés.

 

Des points trimestriels ayant trait aux compétences sont effectués sur la base d’une grille pré-établie en présence du salarié, du Chef d’équipe, de la Directrice et de la CIP.

 

2.  Comment avez-vous été recrutée ?

 

J’ai postulé à ce poste suite à la diffusion de cette annonce par l’Union Régionale des Entreprises d’Insertion (UREI).

 

3. Des objectifs vous sont ils fixés ?

 

La Direccte nous fixe des objectifs en termes de taux de retours à l’emploi. Il existe trois catégories de sorties vers l’emploi qui constituent les sorties dynamiques : 

  • Les sorties vers l’emploi durable : CDI, CDD ou missions d’intérim de 6 mois et plus, stage ou titularisation dans la fonction publique et création d’entreprises.
  • Les sorties vers « un emploi de transition » :CDD ou période d’intérim de moins de 6 mois, contrats aidés chez un employeur de droit commun
  • Les sorties positives : Formations pré-qualifiantes ou qualifiantes, embauches dans une autre SIAE.

 

Le taux minimum de sorties dynamiques doit être de 60 % et le taux minimum d’insertion dans l’emploi durable de 25 % à atteindre dans un délai maximum de 3 ans.

 

4. Quel cursus de formation avez-vous suivi ?

 

J’ai réalisé l’intégralité de mes 5 années d’études supérieures en alternance dans le champ de la communication, de l’économie sociale et solidaire et de la santé au travail.

 

J’ai débuté par un BTS communication des entreprises à Lyon en alternance au sein de la Communauté Urbaine de Lyon.

Puis, j’ai effectué une Licence Sciences de Gestion et un Bachelor Management commercial en alternance dans une Agence Régionale pour l’Amélioration des Conditions de Travail à Lyon également.

J’ai poursuivi mes études à l’Université de Marne-la-Vallée où j’ai entrepris un Master 1 « Management des organismes sanitaires et sociaux » en alternance à la Chaire d’Economie Sociale et Solidaire de cette même Université.

Enfin, j’ai réalisé un Master 2 « Management de l’insertion dans l’économie sociale et solidaire » à l’Université de Marne-la-Vallée en alternance au sein d’une mutuelle de l’économie sociale et solidaire.

 

5. Y a-t-il des spécificités propres à votre environnement de travail ?

 

En tant que Régie de quartier, nous avons pour mission d’embaucher prioritairement les habitants du quartier sur lequel nous sommes implantés et ceux du 12e arrondissement de Paris.

 

La connaissance des acteurs et ressources du territoire est  de facto fondamentale.

 

Les candidats nous sont orientés par le Plan Local pour l’Insertion et l’Emploi (PLIE), l’espace insertion, le Pole Emploi Diderot (75012), le CHRS Arfog, la Mission Locale soleil, l’Antenne jeunes, l’ALJT DIDEROT (résidence pour jeunes travailleurs), et d’autres Structures d’Insertion par l’Activité Economique.

 

Les habitants du quartier viennent spontanément déposer leurs candidatures

 

6. Quel (s) public (s) accompagnez-vous ?

 

Dans leur majorité, nos salariés sont bénéficiaires de minimas sociaux (RSA, ASS), demandeurs d’emploi de longue durée et rencontrent d’importantes problématiques de langues.

 

7. Quels outils d’accompagnement utilisez-vous ?

 

J’ai recours à divers ouvrages : 

  • L’Explorama (mallette pédagogique comprenant des planches d'environnements professionnels et de gestes métiers) : je l’utilise pour faire émerger des idées de projets professionnels, pour identifier les compétences, les environnements de travail… Il me sert également à travailler du vocabulaire avec les salariés ayant des difficultés pour s’exprimer à l’oral.
  • 4 atouts pour un job (mallette pédagogique comprenant un jeu de cartes)  : je l’utilise pour aborder la recherche d’emploi et parfois en début de parcours pour travailler la connaissance de soi.
  • Le marché du travail en individuel (guide théorique et pédagogique comprenant des séquences à réaliser en entretien individuel) : je l’utilise pour aborder la recherche d’emploi donc plutôt en fin de parcours.
  • Strat’Ago (guide théorique et pédagogique) : je l’utilise lors du diagnostic socioprofessionnel.
  • Chemin faisant 1 (guide théorique et pédagogique) : je l’utilise pour travailler les projets professionnels.
  • Vidéos
  • DVD sur la propreté (métiers, conditions de travail, formations, etc)

 

J’ai réalisé les formations du Trèfle Chanceux et de l’ADVP au Patio mais aussi d’autres formations thématiques sur les addictions, les discriminations, le plan de formation, le droit des étrangers.

 

Parfois, le questionnement et l’échange suffisent à  avancer sur le projet et pallier certains freins, représentations et/ou situations complexes.

 

8. Quelles sont les aptitudes personnelles les plus importantes pour exercer ce métier ?

 

La faculté à se préserver et à se mettre à distance des histoires des personnes accompagnées.

 

C’est un métier qui demande beaucoup d’énergie… La fatigue psychologique est prégnante la première année d’où l’importance d’avoir des appuis solides à l’extérieur et des lieux où se ressourcer.

 

9. Quelles sont vos principales satisfactions ?

 

La relation à l’autre et le sentiment d’utilité qui en découle.

 

10. Qu’aimez-vous le moins ?

 

Les tâches administratives.

 

11. A quelles situations particulièrement difficiles devez vous faire face ?

 

Aux situations de femmes victimes de violences conjugales.

 

La complexité de ces situations m’impose d’agir avec minutie et prudence d’où l’importance de travailler en collaboration étroite avec les acteurs compétents du territoire (associations, points d’accès aux droits…).

 

12. Y a-t-il des perspectives d’évolutions ?

 

Il n'y a pas de perspective d'évolution sur mon poste car la structure n'est pas suffisamment grande pour envisager la création d'un poste d'adjoint à la direction.

 

Témoignage recueiili par Stéphanie THIERRY en 2015